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La grâce de Noël : devant la crèche, arrêtez le temps !

24/12/2017

Chers amis,

Le temps qui passe se mesure à partir du premier Noël. Nous sommes en 2017 après ce que nous célébrons ce jour : la naissance du Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur du monde. Mais le jour de Noël, c'est comme si le temps s’arrêtait. Comme si le regard sur la Crèche était intemporel, nous obligeait à force de douceur et de mystère, à vivre l'instant comme une éternité. Voyez à quel point Dieu a aimé l'homme! Voyez comme le mystère de l'Incarnation est le plus grand événement que le Cosmos ait connu et connaîtra jusqu'à la fin des temps. L'éternité est entré dans le temps. Dieu s'est fait homme. L'ancien monde attendait cette irruption. Tout à changé à Bethléem de Judée quand au nom de l'humanité entière, une femme sans faute, un homme juste, des pauvres bergers et de riches mages ont posé le genoux à terre devant Celui dont la seule prononciation du prénom émeut le chrétien : Jésus.

Pour chacun de vous, chers paroissiens, pour vos familles, particulièrement pour ceux pour qui le deuil, la séparation, l'inquiétude du travail ou de l'avenir pourraient éprouver la joie de Noël, vos prêtres, diacres et séminaristes, votre paroisse et ses bénévoles prient l'Enfant de la Crèche. Il vous aidera à trouver la force de la foi et la paix de savoir qu'au-delà du temps, vous êtes aimés de Lui pour toujours. La crèche est un moment d'éternité.

Devant la crèche arrêtez le temps!

Don Pierre-Antoine

Nous sommes en 1940, en Allemagne, dans un camp de prisonniers français. Des prêtres prisonniers demandent à Jean-Paul Sartre, prisonnier depuis quelques mois avec eux, de rédiger une petite méditation pour la veillée de Noël. Sartre, l’athée, accepte. Et offre à ses camarades ces quelques lignes magnifiques.

« Vous avez le droit d’exiger qu’on vous montre la Crèche. La voici. Voici la Vierge, voici Joseph et voici l’Enfant Jésus. L’artiste a mis tout son amour dans ce dessin, vous le trouverez peut-être naïf, mais écoutez. Vous n’avez qu’à fermer les yeux pour m’entendre et je vous dirai comment je les vois au-dedans de moi.

La Vierge est pâle et elle regarde l’enfant. Ce qu’il faudrait peindre sur son visage, c’est un émerveillement anxieux, qui n’apparut qu’une seule fois sur une figure humaine, car le Christ est son enfant, la chair de sa chair et le fruit de ses entrailles. Elle l’a porté neuf mois. Elle lui donna le sein et son lait deviendra le sang de Dieu.

Elle le serre dans ses bras et elle dit : « mon petit » ! Mais à d’autres moments, elle demeure toute interdite et elle pense : « Dieu est là », et elle se sent prise d’une crainte religieuse pour ce Dieu muet, pour cet enfant, parce que toutes les mères sont ainsi arrêtées par moment, par ce fragment de leur chair qu’est leur enfant, et elles se sentent en exil devant cette vie neuve qu’on a faite avec leur vie et qu’habitent les pensées étrangères.

Mais aucun n’a été plus cruellement et plus rapidement arraché à sa mère, car Il est Dieu et Il dépasse de tous côtés ce qu’elle peut imaginer. Et c’est une rude épreuve pour une mère d’avoir crainte de soi et de sa condition humaine devant son fils. Mais je pense qu’il y a aussi d’autres moments rapides et glissants où elle sent à la fois que le Christ est son fils, son petit à elle et qu’il est Dieu. Elle le regarde et elle pense : « ce Dieu est mon enfant ! Cette chair divine est ma chair, Il est fait de moi, Il a mes yeux et cette forme de bouche, c’est la forme de la mienne. Il me ressemble, Il est Dieu et Il me ressemble ».

Et aucune femme n’a eu de la sorte son Dieu pour elle seule. Un Dieu tout petit qu’on peut prendre dans ses bras et couvrir de baisers, un Dieu tout chaud qui sourit et qui respire, un Dieu qu’on peut toucher et qui vit, et c’est dans ces moments-là que je peindrais Marie si j’étais peintre, et j’essayerais de rendre l’air de hardiesse tendre et de timidité avec lequel elle avance le doigt pour toucher la douce petite peau de cet enfant Dieu dont elle sent sur les genoux le poids tiède, et qui lui sourit. Et voilà pour Jésus et pour la Vierge Marie.

Et Joseph. Joseph ? Je ne le peindrais pas. Je ne montrerais qu’une ombre au fond de la grange et aux yeux brillants, car je ne sais que dire de Joseph. Et Joseph ne sait que dire de lui-même. Il adore et il est heureux d’adorer. Il se sent un peu en exil. Je crois qu’il souffre sans se l’avouer. Il souffre parce qu’il voit combien la femme qu’il aime ressemble à Dieu. Combien déjà elle est du côté de Dieu. Car Dieu est venu dans l’intimité de cette famille. Joseph et Marie sont séparés pour toujours par cet incendie de clarté, et toute la vie de Joseph, j’imagine, sera d’apprendre à accepter. Joseph ne sait que dire de lui-même : il adore et il est heureux d’adorer ».

Jean-Paul Sartre



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